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Architecture durable et matériaux locaux

04 Feb 2026 — Équipe de rédaction

Au Burkina Faso, l’architecture puise ses racines dans une tradition vernaculaire adaptée au climat sahélien. Les matériaux naturels locaux – terre crue (banco), bambou, bois, chaume – ont longtemps été utilisés pour leur efficacité thermique et leur faible empreinte écologique. Par exemple, dans les villages Kasséna de Tiébélé, les habitations sont en banco avec des toits végétalisés en chaume : ces constructions circulaires offrent un confort thermique naturel (fraîcheur en journée et chaleur la nuit) et sont entièrement biodégradables. Cette architecture traditionnelle favorise la durabilité : elle exploite les ressources disponibles, minimise la consommation d’énergie (absence de climatisation) et s’intègre harmonieusement au paysage. 

Aujourd’hui, l’architecture contemporaine burkinabè s’inspire de ce patrimoine pour répondre aux défis climatiques et économiques. De nombreux architectes, à l’instar du célèbre Francis Kéré (Prix Pritzker 2022), militent pour une approche qui valorise les matériaux locaux et les savoir-faire traditionnels. Kéré et ses pairs soulignent que la vraie architecture durable doit être abordable, utiliser des ressources locales (terre, bois, paille) et respecter le mode de vie des habitants. Par exemple, Kéré a conçu au Burkina des écoles en utilisant la brique de latérite (une terre locale rouge compactée) : au lycée Schorge de Koudougou (2016), les murs en briques de latérite filtrent la chaleur diurne, stockent la chaleur et la restituent la nuit. De plus, il utilise une façade secondaire en bois d’eucalyptus local pour créer des zones d’ombre et ventiler naturellement les espaces. Ces solutions simples permettent de réduire le recours au béton et à la climatisation, diminuant l’empreinte carbone du bâtiment tout en s’adaptant au climat burkinabè. 

Plusieurs études rappellent l’intérêt de la construction en terre au Burkina : ce matériau a des propriétés isolantes et requiert peu d’énergie grise pour sa production. Des techniques ancestrales comme la voûte nubienne sont également réintroduites : cette méthode de toits en dôme de terre stabilisée évite l’usage de charpentes coûteuses et assure un bon confort thermique. En zones rurales, des organisations locales forment même des artisans à ces techniques de construction durable. 

L’architecture durable au Burkina ne se limite pas aux matériaux. Elle implique aussi des choix de conception bioclimatique : orientation du bâtiment pour capter ou éviter le soleil, ventilation naturelle, végétalisation des toits ou façades, récupération des eaux de pluie, etc. Par exemple, l’utilisation de végétation grimpante pour ombrager les façades, ou l’intégration de jardins intérieurs, devient de plus en plus courante dans les projets modernes. 

Enfin, bien que la réglementation actuelle (Code de l’urbanisme) n’impose pas de normes environnementales strictes, certains programmes incitent à la « construction verte ». Le Plan National de Développement Économique et Social (PNDES) et les engagements de lutte contre le changement climatique du Burkina reconnaissent l’importance des bâtiments économes en énergie. De plus, l’Ordre des Architectes du Burkina encourage ses membres à promouvoir la durabilité dans les formations et projets. Dans la pratique, réduire l’empreinte écologique des constructions – en favorisant des matériaux recyclables et locaux, en optimisant l’efficacité énergétique – est aujourd’hui un enjeu partagé par les professionnels burkinabè. 

En somme, l’architecture durable burkinabè fait le lien entre passé et futur : elle s’appuie sur l’héritage vernaculaire (banco, chaume, savoir-faire traditionnel) tout en intégrant l’innovation contemporaine (modélisation, certifications, conception participative).